Cinq habitudes à perdre au jardin (et ce qu'on y gagne)
Un jardin accueillant pour la faune n'a rien d'un terrain en friche. Il suffit souvent d'en faire un peu moins, et au bon moment.
Les jardins privés couvrent en France une surface considérable, bien plus que l'ensemble des réserves naturelles. Selon la façon dont on les entretient, ils peuvent être des déserts verts ou des refuges pour les insectes pollinisateurs, les oiseaux, les hérissons et les amphibiens. La différence tient moins à ce qu'on plante qu'à ce qu'on cesse de faire.
1. Tondre ras, et partout
Une pelouse tondue chaque semaine à trois centimètres ne nourrit pratiquement personne. Laisser une bande ou un coin pousser librement, ne tondre qu'une partie du terrain, relever la hauteur de coupe à huit centimètres : ces trois gestes laissent fleurir pâquerettes, trèfles, pissenlits et petites orchidées sauvages, qui nourrissent abeilles et papillons dès le début du printemps. On peut garder un chemin tondu pour circuler, ce qui donne au passage un aspect soigné.
2. Ramasser toutes les feuilles mortes
Les feuilles tombées à l'automne sont un abri pour les insectes et les hérissons en hiver, puis un engrais gratuit en se décomposant. Plutôt que de les mettre en sac, on peut les laisser au pied des haies et des massifs, ou en faire un tas dans un coin tranquille. Sur la pelouse, une tonte haute les broie et les laisse se décomposer sur place.
3. Tailler les haies au printemps
Entre mars et fin juillet, les oiseaux nichent dans les haies. Une taille à cette période détruit des nids, parfois sans qu'on les voie. Mieux vaut tailler à la fin de l'été ou en automne. Pour les agriculteurs, c'est même une obligation réglementaire sur cette période ; pour les particuliers, c'est simplement du bon sens.
4. Planter uniquement des espèces exotiques
Les haies de laurier-palme ou de thuya, très répandues, offrent peu de nourriture à la faune locale. Une haie champêtre mélangeant noisetier, aubépine, prunellier, cornouiller, sureau et charme fleurit à des moments différents, donne des baies à l'automne et abrite une diversité d'insectes bien plus grande. Elle demande aussi moins de taille.
5. Traiter « au cas où »
Depuis le 1er janvier 2019, les particuliers ne peuvent plus acheter ni utiliser de pesticides chimiques de synthèse au jardin. Restent les produits de biocontrôle et ceux autorisés en agriculture biologique, qui ne sont pas anodins pour autant. La meilleure prévention reste un jardin diversifié, où les prédateurs naturels (coccinelles, mésanges, carabes, hérissons) régulent les ravageurs. Il faut accepter quelques pucerons au printemps : ce sont eux qui attirent les coccinelles.
Un point d'eau peu profond avec une pente douce. Un tas de bois ou de pierres sèches. Un passage de 13 cm sous la clôture pour les hérissons. Des nichoirs adaptés aux espèces présentes, posés à l'abri des vents dominants. Aucun de ces aménagements ne coûte cher.
Observer, pour mieux comprendre
Le plus agréable, une fois ces habitudes changées, est de voir le jardin se repeupler. Les programmes de sciences participatives du Muséum national d'histoire naturelle, regroupés sur Vigie-Nature, permettent de compter papillons, oiseaux ou escargots chez soi et de transmettre ses observations aux chercheurs. Quelques minutes par mois suffisent, et l'on apprend vite à reconnaître ses voisins.


